L’hystérique est un homme comme les autres

 

Ce que les cliniciens définissent comme l’hystérie ne touche pas unilatéralement les femmes. Et c’est une femme aux tendances hystériques qui vous le dit.

 

A la fin du premier week-end échevelé et câlin dans un lieu paradisiaque, elle aurait dû soupçonner une anguille. Sous roches. Pas sous les draps, non.

Quand un couple se retrouve pour quarante-huit heures de clandestinité et que les rayons de soleil du premier petit matin éclairent timidement les corps fatigués et les visages souriants d’aise, il est assez fréquent que la nuit suivante soit aussi source de plaisir et d’insomnie. Or là, queue, nenni. Il a souhaité se reposer et dormir un peu ‘parce que la nuit dernière tu m’as épuisé.’ Dont acte.

Physiquement, il n’est pas fantasmatique. Pas dans ses fantasmes à elle. Pour tout le reste, ils ont, elle et lui, dépassé l’âge où seule la norme fait foi.  La tendresse et la complicité, le désir et le jeu, il y a tellement de moyens de s’accorder. Elle a besoin d’attention, de tendresse et d’écoute. Il offre tout ça. Il dit qu’elle lui a mis la tête à l’envers. Rien ne presse. Sauf peut-être le temps. Ils décident donc de se revoir. Assez vite.

Quand il lui dit « je t’aime » quinze jours plus tard, lors de la nuit qu’ils ont réussi à voler à leurs agendas respectifs, elle est un peu désarçonnée. Elle n’a pas trop l’habitude de manipuler ce mot qu’elle répugne toujours un peu à prononcer et qui n’éveille guère d’échos en elle. Elle part au boulot légère, primesautière, sans trop s’appesantir sur cette ‘déclaration’ impromptue.

Elle l’appelle souvent. Le matin. Sa voix à lui est rauque ‘attends, j’allume une clope’. Ils échangent des photos, des sms, se croisent et s’interpellent sur les réseaux sociaux, cet entrelacs d’informations, croisées, et magnifiées comme à la loupe. Le miroir dépoli qui donne de l’autre une image déformée.

L’éloignement n’aide en rien. Et surtout pas à faire taire la petite voix lancinante des soupçons qui s’insinue partout. Les insinuations à deux sous. L’amant rencontré il y a quelques semaines se transforme peu à peu en amoureux exigeant. Qui reproche, qui questionne, qui blesse. Et qui l’éloigne, elle, de tout sentiment amoureux.  Le cercle vicieux des désaccords sentimentaux qui crissent. La petite mécanique qui grippe quand l’un des deux s’agrippe et que l’autre se lasse. Il exige des projets, elle ne s’émeut que dans l’instant présent.

Les rendez-vous suivants se transforment bientôt en séances d’analyse. Les mots sont décortiqués, tordus, essorés. Les draps se froissent moins vite que les susceptibilités. Le sexe manque de folie. Les explications prennent le pas sur l’instinct. Il réclame des mots d’amour, il voudrait qu’elle ait envie de construire.  Il ne veut pas se tromper. Elle non plus. Elle se tait. Elle refuse de prendre du recul. Elle n’a pas envie de châteaux en Espagne. Ni d’un amour qu’on monte en suivant la notice.

La suite est assez facile à deviner.

Un ultimatum n’est pas toujours une déclaration de guerre. Ce peut-être une fin de non-recevoir. De ne plus se revoir. Elle est incapable de s’engager sous la contrainte, pas de sentiments conditionnels.

Il dit qu’il souffre. Alité. Abattu. Glacé par sa froideur.

Elle fait le dos rond, lisse ses plumes de vilain petit canard. Sur le canapé, roulée en boule, elle regardera les photos de noël sous la neige.

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4 réflexions sur “L’hystérique est un homme comme les autres

  1. Fabrice Mignard dit :

    Alors, moi je vous ai lu. Je n’y connait pas grand chose en littérature et j’aime écrire. Ce texte m’a plu car les poesies du genre  » les draps froissés… » ça m’éclate. Je suis assez nul en description et compréhension des sentiments amoureux et voilà là une nouvelle qui m’éclaire. En fait je vous ai suivi avec bonheur !

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    • Je n’en attendais pas autant pour une première réaction à mon premier texte publié ici.
      Je ne suis pas spécialiste des sentiments non plus. C’est la raison pour laquelle j’écris. Pour les mettre à distance. Parce que j’ai souvent tendance à me prendre les pieds dedans.
      Au plaisir de vous lire.

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  2. Ces sentiments sont si justes, en tout cas il me parle, comme du déjà vécu. Comme si ce genre d’homme, une fois la conquête faîte, veulent posséder le tout de l’autre. Enfin cette dernière phrase n’engage que moi, bien sûr.

    Comme me l’a dit un pote blogeur sur mon premier post, l’utilisation du pronom « elle » met un peu trop à distance le lecteur.

    Continues de nous régaler avec ces mots que je trouve authentiques et ancrés dans la vie.

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    • Le sentiment amoureux est multiforme. Et, à mes yeux, dire ´je t’aime’ n’est pas preuve de son existence ni de sa véracité. Exiger de l’autre une réciprocité dans la forme et dans les paroles me paraît un peu effrayant.
      Merci à toi pour ce commentaire.

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