Mère imparfaite.

imageIl y a cette culpabilité tenace. L’idée que tout ce qui arrive de négatif est de ma faute. Le poids des paroles martelées à l’envi; moi, le fruit du péché commis.

Les images de ma propre petite enfance me reviennent fréquemment, comme des bouffées de parfum qu’on respire au hasard d’une rencontre, dans la rue. Cette impression féroce de retrouver l’enfant que j’étais, au détour d’une parole, d’un geste familier. La petite fille modèle, sage et si raisonnable n’ose pas me faire de grands signes, mais je reconnais bien le sourire aux lèvres pincées.

Et pourtant, dans le miroir, ce sont les traits du visage de ma propre mère qui apparaissent  de plus en plus nettement. Les mêmes rides, comme autant d’expressions retrouvées. Je m’effraie de telles similitudes physiques. Parce que bien entendu, emballées sous le joli masque figé des apparences, la froideur et la dureté se disputent toujours un peu avec la tendresse. Le rictus se prend régulièrement pour un sourire. Les lèvres pincées.

Et puis il y a ce petit animal écorché, cette adolescente de quinze ans qui se disloque lentement, qui s’anihile sûrement en se privant de tout ce qu’un corps de jeune fille réclame. Les photos de l’enfant qu’elle était, le sourire aux dents écartées, les joues rebondies, les boucles blondes, toutes ces images du bonheur viennent se superposer aux traits tirés, aux cernes mauves, aux dents jaunies. Cette enfant n’est plus. Cette enfant ne veut plus manger. Mon ventre se tord de le penser, de me l’avouer. Et la culpabilité, qui n’a cessé de m’accompagner, claironne  ma défaite à chaque kilo perdu.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que tous ces mots d’amour et de tendresse que je n’ai jamais échangé avec ma mère sont le poison qui ronge ma fille.

Je la regarde se faire du mal et je me dis que j’y suis sûrement pour quelque chose.

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Une réflexion sur “Mère imparfaite.

  1. Fabrice Mignard dit :

    ça me fait de la peine, c’est tellement compliqué, cet héritage dont on ne peut se défaire, Il faut recréer les conditions de l’émancipation, être sûr que, sans nous, notre enfant sera autonome, et il ne peut en être autrement. On a aussi tendance à oublier que nos enfants passent plus de temps avec les autres que nous, parents. Si je peux me permettre, montrez-lui cet écrit, il est déjà quelqu’un d’autre.

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