Amour sous l’eau

Les jours qui passent. L’absence.

Le contrat. Par paliers. Les restrictions. Les privations. Les obligations. Tout ce qui est nécessaire, que seule je n’ai pas su faire.

Les nuits en pointillés. Le cerveau qui tourne en boucle, inutilement. La fatigue. La sensation d’avoir été rouée de coups.

Les conversations qui n’en sont pas. Les échanges, décousus, mélanges de sms, d’émoticônes et d’images colorées.  Les soliloques, auxquels je tente de me joindre. De loin. Les pensées roses, et celles plus moroses.

Mes questions sans réponses. Ses peurs. Ses doutes. Les terribles allers-retours. La maladie qui fait le yo-yo, qui laisse la main, qui la reprend.

Il y a cet appel au secours; ses larmes et mon impuissance à l’autre bout de la ligne. Le ventre qui se tord. Les mots de réconfort pour mieux cacher mon infinie tristesse. Mes pleurs, après. Accepter qu’elle puisse être malheureuse pour son bien. C’est facile à concevoir. Ou pas. Moi aussi, je fais des allers-retours incessants. Entre ce qui est, ce qui aurait dû, ce qu’on devra.

Ce sentiment, jamais éprouvé auparavant, de ne pouvoir aider mon propre enfant. La résignation aussi. L’acceptation de mon incompétence. L’acceptation de la maladie, petit à petit. L’acceptation de cette hospitalisation dont on attend tellement. Et l’idée que le mieux n’est pas pour demain, mais pour après-demain. Peut-être.

Le premier kilo repris. Ce qui est, pour moi, une toute petite victoire. Ce qu’elle ressent comme un terrible échec. Encourager, soutenir, motiver, consoler.

Ne pas la voir, ne pas pouvoir la prendre dans mes bras. Lui envoyer des baisers virtuels.

N’avoir envie de rien d’autre pourtant: rien d’autre que la toucher, la dévisager en espérant déceler un peu de repos dans ses yeux si souvent fiévreux ces derniers temps. Espérer la voir sourire, l’entendre rire. Reprendre goût.

C’est moi qui mange. De tout. Presque tout le temps. Alors que je n’ai pas faim.

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Alors que je frôle l’agueusie. Parce que je n’ai plus goût à rien.

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5 réflexions sur “Amour sous l’eau

    • Merci de prendre des nouvelle. Nous n’allons pas forcément beaucoup mieux.
      Je n’ai jamais été très douée pour l’endurance et il semble, hélas, qu’affronter cette maladie soit un parcours du combattant qui ressemble plus à un steeple qu’à un 100m.

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      • PYP dit :

        Merci de m’avoir répondu.
        Les vacances approchent. Tu devrais pouvoir te reposer un peu et t’occuper de vous.
        Bon courage d’ici là.

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